Brancher une Super Nintendo ou une Mega Drive sur un écran plat moderne, c’est souvent la douche froide : image étirée, couleurs délavées, latence perceptible sur chaque saut de plateforme. Le signal vidéo de ces consoles anciennes a été conçu pour un type d’affichage précis, et le choix du téléviseur change radicalement l’expérience de jeu. Voici comment s’y retrouver sur un marché devenu particulièrement segmenté.
Signal 240p et tube cathodique : ce que les consoles rétro attendent d’un écran
La plupart des consoles 8 et 16 bits (NES, Super Nintendo, Mega Drive, PC Engine) produisent un signal en 240p. Ce format n’est pas du 480i entrelacé : c’est une résolution progressive basse que les téléviseurs CRT affichaient nativement, ligne par ligne, sans traitement.
Sur un écran LCD ou LED moderne, ce signal 240p pose problème. Le téléviseur tente de le convertir, souvent en le traitant comme du 480i, ce qui provoque un flou d’entrelacement et ajoute plusieurs dizaines de millisecondes de latence. Pour un jeu de course ou un shoot’em up, ce décalage rend le jeu nettement moins réactif.
Un téléviseur CRT affiche le 240p sans aucune conversion, ce qui explique pourquoi la communauté retrogaming continue de les rechercher activement. Les scanlines (lignes noires entre chaque ligne affichée) participent aussi au rendu visuel : les sprites et décors des jeux rétro ont été dessinés en tenant compte de cet effet.
![]()
TV CRT pour retrogaming : quelles entrées vidéo privilégier
On trouve encore des téléviseurs cathodiques en brocante, sur les sites de petites annonces ou dans les recycleries. Le piège, c’est de récupérer le premier CRT venu sans vérifier ses connectiques. Tous les tubes ne se valent pas.
Composite, S-Video, RGB : la hiérarchie des connexions
La qualité d’image dépend directement du type de câble et d’entrée utilisé. Voici les options, de la moins bonne à la meilleure :
- Le composite (prise RCA jaune) transporte la vidéo sur un seul fil. L’image est exploitable mais souffre de bavures de couleur et d’un manque de netteté, surtout sur les textes.
- Le S-Video sépare luminance et chrominance sur deux canaux distincts. Le gain en netteté par rapport au composite est visible immédiatement. Peu de CRT européens disposent de cette entrée, mais on la trouve sur des modèles nord-américains ou japonais.
- Le RGB via péritel (SCART) offre le meilleur rendu sur CRT grand public. La majorité des consoles rétro européennes sortent nativement en RGB via leur prise péritel, ce qui donne une image nette et des couleurs fidèles sans modification matérielle.
Les moniteurs professionnels Sony PVM et BVM
Les Sony PVM (Professional Video Monitor) et BVM (Broadcast Video Monitor) représentent le haut de gamme absolu pour le retrogaming sur tube. Dotés d’entrées RGB, composantes et parfois SDI, ils affichent une image d’une précision remarquable avec des couleurs calibrées en usine.
Le revers : les prix des PVM et BVM ont explosé ces dernières années. Le marché est devenu celui de collectionneurs, et les modèles en bon état partent à des tarifs qui n’ont plus rien à voir avec leur valeur initiale. Pour un usage retrogaming sans budget illimité, un bon CRT grand public avec entrée péritel RGB reste le choix le plus raisonnable.
Alternatives modernes aux CRT pour consoles anciennes
Il n’existe plus aucune production neuve de téléviseurs CRT. On est sur un marché d’occasion pur, avec des tubes qui vieillissent, des condensateurs qui lâchent et des stocks qui se raréfient. Trouver un bon CRT demande de la patience, et le transporter sans l’endommager est une aventure en soi.
Scalers dédiés : RetroTINK et OSSC
Les scalers comme le RetroTINK ou l’OSSC convertissent le signal basse résolution des consoles rétro en signal HDMI compatible avec les écrans modernes. Leur avantage principal : ils ajoutent une latence minimale, souvent inférieure à une frame.
Ces appareils permettent aussi d’appliquer des filtres de scanlines pour retrouver un rendu visuel proche du CRT. Les retours varient sur ce point, certains joueurs trouvant le résultat convaincant tandis que d’autres perçoivent toujours une différence avec un vrai tube.

TV OLED et retrogaming : le meilleur compromis moderne
Les téléviseurs OLED récents cumulent plusieurs atouts pour le rétro : contraste quasi infini (chaque pixel s’éteint individuellement, ce qui donne des noirs absolus), faible latence en mode jeu, et bonne gestion des résolutions non standard via scaler externe.
Associer un OLED avec un RetroTINK donne un résultat que beaucoup de joueurs considèrent comme la meilleure option quand un CRT n’est pas envisageable. L’image reste différente d’un tube, mais la réactivité et le confort visuel sont au rendez-vous.
Critères concrets pour choisir sa TV vintage retrogaming
Avant de se décider, quelques points méritent une vérification systématique :
- Vérifier la géométrie de l’image sur le CRT : un tube usé peut présenter des déformations sur les bords, un assombrissement d’un côté ou une convergence de couleurs décalée. Demander une photo allumée avant achat.
- Tester les entrées : une péritel qui grésille ou un S-Video qui affiche des parasites indique souvent un problème de connecteur interne, réparable mais à prévoir.
- Préférer les CRT avec écran plat (Trinitron, Toshiba AF) aux tubes bombés : les modèles à écran plat offrent moins de distorsion géométrique et restent plus agréables à l’usage.
- Vérifier le nombre d’heures d’utilisation si possible : un tube très utilisé perd en luminosité et en netteté au fil du temps.
Pour les consoles de la génération PS2, Dreamcast ou GameCube, un CRT avec entrée composante (YPbPr) devient pertinent. Ces machines peuvent sortir en 480p progressif via composante, ce qui donne un résultat nettement supérieur au composite sur un bon tube.
Le choix entre CRT d’occasion et solution moderne avec scaler dépend avant tout de la place disponible et de la patience pour dénicher un bon tube. Un CRT grand public avec péritel RGB couvre la majorité des besoins pour les consoles 8 et 16 bits. Pour ceux qui préfèrent un setup plus compact, un OLED couplé à un scaler dédié constitue aujourd’hui l’alternative la plus aboutie.

