Le bakhour encens occupe une place particulière dans la parfumerie d’intérieur orientale. Connu aussi sous les graphies bakhoor ou bukhoor, il désigne un encens arabe traditionnel composé de copeaux ou blocs de bois imprégnés de résines, d’huiles et d’essences parfumées, chauffés sur charbon ou dans un encensoir électrique.
Contrairement aux bâtonnets d’encens industriels, le bakhour ne brûle pas directement : c’est la chaleur qui libère ses composés aromatiques, produisant une fumée dense et persistante. Son usage s’est développé dans les demeures du Moyen-Orient depuis des siècles, et il attire aujourd’hui un public bien au-delà de cette région géographique.
Composition du bakhour : bois, résines et huiles parfumées
Le bakhour se distingue des encens courants par la richesse de ses ingrédients. La base la plus noble reste l’oud, un bois de santal issu de l’arbre Aquilaria, dont la rareté explique le prix élevé des préparations qui en contiennent. Autour de cette matière première, les fabricants intègrent des résines comme le benjoin ou le loubane, des huiles animales ou végétales, du musc et des épices.
La formulation varie selon les traditions régionales : les préparations du Golfe misent sur des profils boisés et fumés, tandis que certaines compositions d’Asie du Sud incorporent davantage de fleurs et de poudres douces. Cette diversité rend le bakhour difficile à résumer à un seul profil olfactif – l’oud, le musc et les résines en constituent le socle, mais les nuances finales dépendent entièrement des choix de fabrication.
Rituel d’utilisation : encensoir, charbon et diffusion en pièce
L’usage traditionnel du bakhour repose sur un encensoir appelé mabkhara, en céramique ou en métal, dans lequel on place un morceau de charbon incandescent. Le fragment de bakhour est posé sur le charbon chaud : la chaleur, sans flamme directe, libère les arômes progressivement. Cette méthode permet une diffusion longue et contrôlée.

Des encensoirs électriques existent désormais et chauffent les préparations à une température régulée, sans charbon. Cette option simplifie l’usage et réduit la production de fumée, ce qui peut convenir aux intérieurs mal ventilés ou aux utilisateurs peu habitués à la combustion par charbon.
- Encensoir à charbon (mabkhara) : méthode traditionnelle, fumée plus dense, profil aromatique plus développé. Nécessite de surveiller la combustion et d’aérer la pièce après usage.
- Encensoir électrique : température constante, fumée plus légère, moins de résidus. Adapté pour un usage régulier dans de petits espaces.
- Pastilles et cônes de bakhour : formes compactes qui se posent directement sur le charbon, pratiques pour débuter sans manipuler des copeaux en vrac.
Quelle que soit la méthode choisie, la quantité de bakhour utilisée conditionne l’intensité de la diffusion. Un petit fragment suffit généralement à parfumer une pièce de taille moyenne pendant plusieurs dizaines de minutes.
Bakhour et qualité de l’air intérieur : ce que les sources indiquent
L’usage du bakhour soulève une question que les guides de vente abordent rarement : son impact sur la qualité de l’air. L’Anses recommande de limiter les désodorisants à combustion, dont l’encens en général, et de privilégier l’aération régulière des pièces plutôt que leur parfumage par combustion. Cette recommandation ne vise pas spécifiquement le bakhour, mais elle concerne toutes les formes d’encens chauffé sur charbon.
Des données portant sur l’exposition professionnelle – vendeurs de bakhour en milieu commercial – ont relevé davantage de symptômes respiratoires par rapport à des groupes non exposés. Ces observations concernent une exposition continue et intensive, et ne permettent pas de conclure directement sur un usage domestique occasionnel. La prudence reste néanmoins de mise pour les personnes sensibles aux polluants respiratoires.
En pratique, aérer la pièce après chaque session de bakhour et éviter les usages prolongés dans des espaces fermés sont les deux précautions les plus simples à mettre en oeuvre. La ventilation fait diminuer rapidement les polluants produits pendant la combustion, selon les données disponibles sur les essais en intérieur.
Choisir son bakhour pour un intérieur oriental chic
Le marché propose une gamme étendue, des préparations grand public aux compositions artisanales à base d’oud véritable. Pour un intérieur orientalisant, la sélection repose sur quelques critères concrets.
Le profil olfactif conditionne l’atmosphère créée : les bakhours à dominante boisée et fumée (oud, santal) conviennent aux espaces de réception ou de détente, tandis que les compositions plus douces (musc blanc, fleurs) s’intègrent mieux dans les chambres. La forme – copeaux, blocs compacts ou pastilles – influence aussi la facilité d’usage. Les blocs sont plus maniables pour doser; les copeaux en vrac offrent davantage de liberté dans la quantité.
La provenance et la composition méritent d’être vérifiées. Les préparations qui affichent de l’oud comme ingrédient principal sont généralement plus onéreuses : l’Aquilaria est une ressource rare et sa filière de production est encadrée dans plusieurs pays. Un prix très bas sur un produit présenté comme « à l’oud » peut indiquer l’usage d’arômes de synthèse plutôt que de bois véritable.
L’encensoir choisi participe lui aussi à l’esthétique de l’espace. Les mabkhara en laiton ciselé ou en céramique émaillée s’intègrent dans une décoration orientale, mais des modèles contemporains en métal brossé existent pour des intérieurs plus épurés. L’encensoir est un objet visible autant qu’un outil de diffusion : son choix fait partie du rituel d’aménagement.
Bakhour et décoration orientale : au-delà du parfum d’ambiance
Dans les intérieurs du Golfe et du Maghreb, le bakhour n’est pas uniquement un produit de parfumerie. Il signale une hospitalité, marque une occasion, rythme les moments de la journée. Cette dimension rituelle est ce qui distingue son usage de celui d’un simple diffuseur de parfum.
Pour un intérieur occidental qui intègre des codes orientaux – moucharabieh, textiles brodés, plateau en cuivre -, le bakhour renforce la cohérence de l’ambiance olfactive avec l’ambiance visuelle. L’odorat participe à l’atmosphère d’un espace au même titre que la lumière ou les matières, et les parfums boisés, résineux et musqués du bakhour s’accordent naturellement avec les tonalités chaudes d’une décoration orientalisante.
Le choix du moment compte aussi. Une session courte en fin d’après-midi, avant l’arrivée de personnes invitées, laisse à la fumée le temps de se dissiper tout en laissant le parfum s’installer dans les textiles et les boiseries. Diffuser du bakhour trop longtemps dans une pièce fermée sature l’espace et efface la subtilité des notes de fond – une erreur fréquente chez ceux qui découvrent ce type d’encens.

