Marie-France a vendu sa maison à Nice il y a deux ans à un artisan boulanger. Mais pendant deux mois son acheteur n’a pas payé sa pension vière d’un montant de 1.200 euros. L’artisan est en liquidation judiciaire et n’a plus les moyens de se conformer au contrat de vie. Elle serait tombée dans l’un des pièges de la vente de la vie ?
Quand on envisage de vendre un bien en viager, il ne suffit pas de penser à la rente mensuelle qui viendra compléter ses revenus. La faillite d’un acquéreur, son décès prématuré, un départ anticipé du vendeur… Les variables sont nombreuses et chacune mérite d’être appréhendée avec lucidité. Le viager, sous ses airs de solution gagnant-gagnant, impose de bien baliser le terrain.
Vendre en viager au sein de la famille : deux pièges à contourner
Pour éviter les mauvaises surprises lors d’une vente en viager, il est vivement recommandé de se faire accompagner par un professionnel aguerri du secteur.
Vendre son bien en viager à ses enfants peut sembler être une excellente manière de maintenir le patrimoine dans le cercle familial tout en anticipant la transmission. Un tiers des transactions de viagers aboutit d’ailleurs à des cessions intrafamiliales : enfants, neveux, cousins… Mais attention, les ventes directes dans la sphère familiale ne sont pas sans risques, tant sur le plan fiscal que psychologique.
Le premier obstacle potentiel : la fiscalité. Plusieurs notaires en France préfèrent d’ailleurs ne pas intervenir sur la vente de viagers occupés au sein de la famille, tant les risques de requalification sont élevés. Pour ne pas avancer à l’aveugle, mieux vaut s’entourer d’un expert parfaitement rompu aux subtilités du viager.
Si vous souhaitez préserver la valeur de votre bien et le transmettre dans de bonnes conditions à vos proches, certaines précautions sont incontournables.
Attention au don déguisé
Le Code civil est formel et l’administration fiscale particulièrement vigilante lorsque la vente porte sur un viager entre parents et enfants. À leurs yeux, il s’agit souvent d’un don camouflé destiné à échapper aux droits de succession, même en cas de versement effectif de la rente ou d’absence de bouquet.
Pour écarter toute suspicion, il est vivement conseillé d’associer l’ensemble des héritiers à la transaction, afin de démontrer que la vente repose sur une logique équitable et que la rente correspond à la valeur réelle du bien.
Autre piste fréquemment explorée : la création d’une SCI acheteuse, qui versera la rente aux parents et deviendra propriétaire après leur décès. Mais là encore, le montage fiscal doit être irréprochable, sous peine de se voir retoquer par l’administration.
L’autre écueil : la présomption de propriété
Un vendeur qui souhaite transmettre à un héritier doit impérativement préciser, lors de la vente, qu’il conserve un simple droit d’usage et d’habitation (usufruit). Cette clause protège le vendeur du risque de requalification en donation déguisée et confirme que l’enfant acquiert l’entière propriété uniquement au décès du parent.
Que faire en cas de défaillance de l’acheteur ?
La clause résolutoire, c’est votre garde-fou !
Choisir son acheteur ne relève pas du hasard. Il est prudent de privilégier un acquéreur dont la situation financière est solide et stable. Les professions libérales, commerçants ou artisans présentent souvent davantage de risque que les fonctionnaires ou salariés en CDI. Ce choix peut sembler rigide, mais il conditionne la pérennité de vos revenus viagers.
En cas de procédure collective touchant l’acheteur, le paiement de la rente peut cesser brutalement, comme l’a vécu Marie-France. Heureusement, le vendeur bénéficie d’une protection à condition de ne pas attendre pour agir. Dès le premier incident de paiement, il faut activer la clause résolutoire prévue dans l’acte de vente.
Cette clause permet d’annuler la vente en cas de non-versement de la rente, sans avoir besoin de longs recours judiciaires. C’est un avantage considérable pour le vendeur, qui récupère rapidement son bien sans se perdre dans des procédures interminables.
Il est également possible, lors de la signature de l’acte, d’ajouter une garantie supplémentaire : exiger qu’un tiers se porte caution et prenne le relais en cas de défaillance de l’acquéreur. Une autre option consiste à souscrire une assurance contre les impayés de rente, même si son coût, généralement compris entre 10 et 15 % du montant mensuel, peut freiner certains vendeurs.
Enfin, la clause de réserve de propriété, encore peu utilisée, offre une sécurité supplémentaire au vendeur : il reste propriétaire du bien tant que la rente n’a pas été intégralement payée.
Que faire en cas de revente du viager ?
Le vendeur peut exiger la substitution de l’acheteur.
Parfois, l’acquéreur initial, confronté à des imprévus, préfère revendre le bien plutôt que d’honorer le versement des rentes. Cette situation n’a rien d’exceptionnel : chaque année, une transaction sur quatre en viager change de mains.
Pour le vendeur, la revente du bien ne modifie pas grand-chose : l’acheteur initial demeure garant du paiement de la rente, dont le montant reste inchangé. La rente peut être transférée au nouvel acquéreur, mais le vendeur garde comme interlocuteur principal l’acquéreur d’origine. Demander la substitution est possible, mais ce choix expose à l’incertitude quant à la solvabilité du nouveau propriétaire.
Une précaution s’impose : toujours exiger une copie de l’acte de revente pour s’assurer que ses droits sont respectés. Et, bien entendu, faire enregistrer la transaction devant notaire pour éviter tout litige.
Si le débirentier décède : quelles conséquences ?
La vie réserve parfois des retournements inattendus, y compris la disparition prématurée de l’acquéreur, suite à une maladie ou un accident.
Dans ce cas de figure, ce sont les héritiers de l’acheteur qui reprennent à leur charge le paiement de la rente, dans les mêmes conditions que celles fixées initialement.
Pour le vendeur, seul le nom sur le virement change. Pour anticiper ce type de scénario, il est possible de demander à l’acheteur de souscrire une assurance décès. En échange d’une cotisation représentant environ 15 % du montant de la rente, l’assureur garantit le versement de la rente aux héritiers si ceux-ci n’étaient pas en mesure de l’honorer.
Pour approfondir la question des conflits liés à la vente en viager, l’article suivant propose un éclairage utile.
Que se passe-t-il si le vendeur quitte le bien avant terme ?
Il faut prévoir une clause de renonciation à l’usage et à l’habitation exclusive dès la signature.
En règle générale, le vendeur occupant n’a pas prévu de quitter son logement avant son décès. Mais la vie s’impose parfois différemment : hospitalisation, perte d’autonomie, accueil chez un proche…
Si le vendeur libère prématurément le bien, la rente mensuelle est revalorisée. D’où l’intérêt d’intégrer une clause spécifique à l’acte de vente, actant le renoncement au droit d’usage. Cette revalorisation s’effectue le plus souvent selon une grille dégressive, en fonction du nombre d’années passées dans le logement.
Attention, cette clause est définitive : une fois le logement quitté, il n’est plus possible de revenir. Le bien devient alors la pleine propriété de l’acquéreur.





